Choisir la vie

L’Éducation et le cerveau

Un cerveau libéré – compétences fortes

Mon concept de l’éducation repose depuis toujours sur une vision sans équivoque :

« Choisir la vie ». C’est le mot clef de toute éducation humaniste.

C’est à l’aune de cette « image intérieure » (voir Hüther, Gerald ; Die Macht der inneren Bilder) qu’il faut développer aussi bien les infrastructures (bâtiments, salle de classes, et.), la formation des enseignants, les programmes scolaires, l’emploi du temps, la pédagogie à appliquer, la manière de traiter les enfants, les ados, les étudiants, les enseignants, le personnel, les parents, …

Le passé ne manque pas de formules voire de concepts lucides (parfois peu suivis d’ailleurs). Aujourd’hui, nous avons à notre disposition des connaissances nouvelles quant à l’objet de toute éducation qu’est le cerveau. Ces connaissances peuvent se traduire par de nouveaux concepts pédagogiques qui s’approchent mieux de cette image intérieure qu’est « choisir la vie ».

Je compare notre époque à celle où un Kepler, un Galilée découvrirent de tout nouveaux rapports célestes en pointant leur lunette vers les astres. Grâce à de nouvelles connaissances (visions plus profondes, plus larges) les concepts du moyen-âge furent renversés. Nos « lunettes » modernes, les appareils à résonnances magnétiques, qui scrutent le cerveau humain, nous offrent des visions qui avec le temps renverseront de même certains de nos vieux concepts. Curieusement, les réactions à ces visions se font – surtout dans notre pays – pareilles à celles de l’époque du passé : ignorer d’abord, puis combattre farouchement pour, finalement, répandre le nouveau concept comme le sien…

Voici seulement quelques résultats aux conséquences pédagogiques de ces recherches sur le fonctionnement du cerveau humain (choix aléatoire):

• Notre cerveau est profondément conditionné par ce qui lui arrive (conditions prénatales, parentales, sociétales, etc.). La partie héréditaire ce réduit à très peu.

Donc, le respect et le soutient de la femme enceinte par sa volonté, la politique familiale, l’accueil de l’enfant, comment il sera traité, la protection du jeune cerveau des stupidités abêtissantes et violentes d’une industrie de l’image agressive et omniprésente, une abondance généreuse de bonnes « images », de bon contacts, d’actions valorisantes, etc. sont des impératifs. Plus à ce sujet dans les ajouts.

• Insister sur une erreur, une faute, une incompétence renforce dans le cerveau l’incompétence, la faute, l’erreur.

La vie politique regorge de cette ‘stratégie’. Décrier les erreurs la renforce, est une perte de temps, envenime les rapports entre les êtres humains. L’on se complaît à démasquer les erreurs (en somme on tend à démasquer la personne d’en face) et il ne reste plus assez de temps à travailler aux solutions. Comme disait Maurice Girodias, (Le Monde, 24-11- 1981, rubrique Idées) : « Il est toujours plus facile de choisir la mort [insister sur l’erreur par exemple, ndlr], c’est l’éternelle solution de paresse et de facilité. Mais choisir la vie est un pari ambitieux, et donc plus intéressant.»

Donc, attachons nous à la recherche incessante des mécanismes qui renforcent la vie! A ceci un exemple scolaire :
Un enfant est faible en orthographe. Insister à étudier la faute, le ridiculiser, le ‘punir ‘ à écrire vingt fois le mot, lui faire peur … et le cerveau se bloque, la faute prévaut. « Une faute ? Laissons-la. Regarde, photographie de tes yeux la bonne orthographe de ce mot, ferme tes yeux, visualise-le les yeux fermés, puis écris-le ». Le lendemain, cet enfant répète la faute…, sans importance, « regarde, photographie de tes yeux la bonne orthographe de ce mot, … » et très vite il apprendra à écrire correctement. Bref, visualiser le plus possible les solutions correctes. Et, j’assure, cela fonctionne !

• Un cerveau qui n’a pas assez intégré la distinction immédiate (donc sans réfléchir, chercher, corriger) de la dimension gauche de celle de droite et inversément lorsqu’il est fortement sollicité (stress) aura des problèmes en beaucoup de domaines.

A ceci un autre exemple scolaire apparemment fort banal :
Un élève peine à écrire, il écrit mal, confond des caractères (b,d ; t,d,…). Il tient son crayon à obtenir des crampes, le presse à presque crever la feuille, tord sa main, hausse son épaule droite (droitier), … Dans le cerveau de cet enfant, « écrire » semble être « bloqué ». Il aura entre autres la difficulté de passer couramment d’un caractère dont le premier trait part vers la gauche (d, c, e, f, …) à un autre dont le trait part vers la droite (b, m, n, r,…). Autrement dit, son cerveau n’a pas assez intégré la distinction immédiate (donc sans réfléchir, chercher, corriger) de la dimension gauche de celle de droite lorsqu’il est fortement sollicité (stress). Et, bien écrire le sollicite fortement. Cette difficulté est largement répandue chez les jeunes comme chez les adultes et cause d’innombrables problèmes dans la vie quotidienne d’une personne. Elle est d’ailleurs une des causes des fautes d’orthographe.

• Les recherches nous disent clairement que lorsqu’un individu d’un groupe est félicité et mis en modèle par rapport aux autres du groupe, tous les cerveaux de ceux-ci montrent une perte de performance et d’auto-estimation…

Prenons comme exemple l’idée du ministre de l’Éducation de discerner des médailles or, argent, bronze selon les résultats obtenus au baccalauréat…

• ‘Aider’ peut réduire les performances d’un cerveau!

Lors d’un conseil de classe, le prof de maths, plus fort en maths qu’en paroles, veut articuler un mot un peu complexe, n’y arrive pas tout de suite, et, tout de suite, tous ses bons collègues, connaissant ses difficultés à articuler, lui mettent, en chœur, le mot dans la bouche. Avec un léger sourire dans leurs yeux. Le seul qui ne souriait pas, c’était le prof de maths.